Les conseils communaux à Talence: démocratie participative ou enfumage ?

Publié le par PR

Depuis plusieurs années la Mairie de Talence s'est dotée de 4 conseils communaux afin d'afficher la mise en place d'outils de démocratie participative. Sans revenir sur la composition de ces conseils, nous voulons ici analyser sur deux exemples récents le fonctionnement de ces conseils en expliquant en quoi il ne saurait être question d'autre chose que d'un outil de communication destiné à faire passer plus facilement les projets de la municipalité et de la prise en compte minimum de l'obligation légale de concertation sur les projets d'aménagement urbains.

La place Espeleta ...
Voilà une petite place bordée de 2 rangées de tilleuls, et qui sert essentiellement de parking à voitures. Souhaitant réhabiliter ce site, la municipalité s'adresse à une officine privée (à quel coût ?) qui vient présenter ses 3 propositions pour discussion devant le conseil communal ouest :

  • déplacer le parking du centre de la place vers les côtés, en épis;
  • déplacer le parking du centre de la place vers les côtés, en long;
  • l'espace dégagé au centre doit-il être minéral ou végétal ?


Les citoyens n'auraient-ils pas été capables de trouver ça tout seuls si on les avait invités à réfléchir ?

Le deuxième exemple concerne la prairie Belair, rue Pompidou. Encore.

On se rappelle qu'en mars 2008, juste avant l'élection municipale, les riverains et les Talençais dans leur ensemble s'étaient alertés de projet de construction d'immeubles sur cette parcelle d'environ 1 hectare. Dans le contexte préélectoral quelques manifs avaient suffi à repousser les échéances.
Après l'élection, revoilà le sujet sur le tapis: nouvel outil de concertation des citoyens, l'atelier d'urbanisme. Il s'agit d'un groupe de citoyens tirés au sort parmi des volontaires riverains de la prairie, ou habitants du quartier, ou membres du conseil communal est, qui est chargé de réfléchir au devenir de cette prairie, sachant que, n'est-ce pas, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) nous impose (à nous, municipalité de Talence, voir l'article de Petra « Densifier … à quel prix », du 21mars 2010) de densifier le long des axes de transport en commun.
Le résultat du travail de ce groupe est remis à la municipalité au début de 2010, sous forme de 3 projets:

  • prairie non construite+densification sur bois d'Arcy;
  • prairie à moitié construite+constructions sur bois d'Arcy;
  • prairie complètement construite+un peu moins de constructions sur bois d'Arcy.

 
Le conseil communal EST est réuni en séance publique le 15 avril dernier, pour soumettre au débat le devenir de cette parcelle, ainsi que les divers projets d'extension de la résidence Bois d'Arcy contigüe.

En fait de concertation, la séance a consisté, comme d'habitude lorsqu'elle concerne le domaine du maire-adjoint à l'urbanisme, François Jestin, en une longue présentation du sujet, suivie en fin de séance d'échange de questions-réponses.

Le projet présenté par M. Jestin n'est en fait aucun de ceux proposés par l'atelier d'urbanisme. Environ la moitié de la parcelle serait cédée au numéro un français de la résidence pour personnes agées (RPA) médicalisée, privée donc, pour réinstaller la  RPA de Home La Tour (avenue de la Vieille Tour). Pas de création de place supplémentaire prévue. La moitié de la moitié restante serait cédée à un promoteur pour construire 4 maisons d'habitation individuelles. Le quart restant pourrait alors être sauvé (!) sous forme d'espace boisé et accueillir quelques uns des 1500 arbres promis par M. le Maire.

L'essentiel des observations faites par les citoyens présents portaient sur le non respect des projets de l'atelier d'urbanisme: abandon de patrimoine public au bénéfice exclusif d'intérêts privés, aucun établissement public prévu, destruction définitive d'une grande partie de la prairie, …
A chacune des interventions la réponse est la même: ironie, faux-fuyants, refus de répondre sur le fond.

Refus de répondre tout court lorsque la question de l'évaluation du coût écologique de la destruction de cet espace nuturel, unique dans Talence par sa dimension, est abordée.

Peut on considérer qu'il s'agit là de démocratie participative ?
Est-il inconcevable de penser que les citoyens du quartier puissent être experts dans le domaine de l'aménagement urbain dans leur quartier ? Ne peut-on imaginer qu'un conseil de quartier indépendant, mais assuré d'être écouté et entendu par les pouvoirs publics, puisse organiser la réflexion, en plusieurs réunions, du maximum de personnes concernées, afin d'aboutir, gratuitement, d'une part à une analyse du problème puis à l'expression de quelques solutions envisageables ?
Naturellement il serait naïf de penser que les premières réunions ne conduiraient pas également à l'expression du « pas dans mon jardin ». La mise en place de conseils ouverts et efficaces ne peut être que le résultat d'une démarche patiente. Il faut aussi, et surtout, que les citoyens constatent, par l'expérience, que leur travail de réflexion en commun est pris en compte par la municipalité, et que leurs propositions aboutissent réellement.

On est bien loin de ce que l'on observe actuellement, dans ce qu'il faut bien appeler une caricature de démocratie participative à Talence: on attend toujours la prise en considération des avis des participants au conseil communal ouest concernant le terre-plein central du cours de la Libération, celle des avis s'opposant à la modificaton du PLU (Plan Local d'Urbanisme) nécessaire à la construction de la résidence devant le château du Prince Noir, ou celle nécessaire à la construction du laboratoire de l'INRIA au Haut-Carré, ...

 

 

Benoît Bergeon

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